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Succube
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CRI, JOUR GRIS

J'étais assis dans l'autobus, le regard perdu dans le gris de cette bruine qui semblait avoir commencé dans les ténèbres de la naissance du temps. Les arbres défilaient sous mes yeux, la campagne verte, encore endormie, embrumée et immobile au loin.
Les premiers signes de la civilisation apparurent avec les bruits de moteurs, de klaxon. Et l'agitation des parapluies. Plus de vert, que du gris ; du gris et du noir.

J'étais encore à demi inconscient quand le bus s'arrêta en plein centre, juste devant la place de pavés humides. Mon regard se posa sur cette petite créature si étrange, et malgré moi, dans le brouillard des idées confuses du matin, je l'observai attentivement. Assise sur un tabouret, elle me regardait et je compris tout dans ses yeux de petite sorcière. La rue lui avait pris son innocence mais sous sa robe en lambeaux et la crasse des caniveaux se trouvait une princesse. Une petite princesse rusée qui me transperçait de son regard brûlant. Je collai mon front contre la vitre et j'essayai de lui crier mentalement qu'elle ne devait pas rester là, car sa place était dans un château. Mais la gamine esquissa un sourire, comme si elle s'en moquait, comme si elle était au-dessus de nous et hors de portée de notre pollution, de nos agressions permanentes, et des griffes du vent froid. Déjà, le bus repartait et elle disparut.

Je restais secoué pendant quelques minutes, et lorsque je descendis du bus, les nécessités de la vie sociale m'absorbèrent comme si rien ne s'était passé.
Suis-je toujours le même ?

 

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